Procédure

Déclarer son chiffre d'affaires à l'assureur décennal

Le chiffre d'affaires que vous déclarez n'est pas une formalité : il fixe votre prime et conditionne votre couverture. On explique quoi déclarer, quand, comment se passe la régularisation annuelle et ce que risque un maître d'œuvre qui minore ses chiffres.

9 min de lecture Mis à jour septembre 2026

En bref : déclarer son CA en 30 secondes

  • La prime décennale est le plus souvent un pourcentage du CA HT ventilé par activité.
  • Vous déclarez un prévisionnel à la souscription, puis le réalisé en fin d'année (régularisation).
  • Toute nouvelle activité ou technique non courante doit être signalée en cours d'année (art. L113-2).
  • Sous-déclarer expose à la règle proportionnelle (L113-9) voire à la nullité du contrat (L113-8).

Pourquoi le CA détermine la prime

Contrairement à une assurance auto ou habitation à tarif catalogue, la décennale d'un maître d'œuvre se tarife sur mesure. Le paramètre central est le chiffre d'affaires hors taxes : l'assureur applique un taux à votre CA prévisionnel, ventilé selon les activités déclarées, chacune ayant son propre coefficient de risque.

La logique est simple : le CA mesure le volume d'ouvrages que vous concevez ou suivez, donc l'ampleur potentielle des sinistres décennaux à couvrir. Un maître d'œuvre qui double son activité double, en gros, son exposition. C'est pourquoi le CA — et non un forfait — sert de base, et pourquoi une estimation réaliste de vos honoraires et de votre volume d'affaires est le point de départ de tout devis juste.

Quand et quoi déclarer

La déclaration de CA n'est pas un acte unique : elle rythme toute la vie du contrat.

Moment Ce que vous déclarez
À la souscription Vous déclarez un chiffre d'affaires prévisionnel HT, ventilé par activité. Il sert de base au calcul de la prime provisionnelle de l'année.
En cours d'année Tout changement significatif (nouvelle activité, forte hausse d'affaires, technique non courante) doit être signalé : c'est une modification du risque à déclarer.
À la clôture (régularisation) Vous déclarez le CA réellement réalisé. L'assureur ajuste : complément de prime si vous avez dépassé, avoir ou report si vous êtes en dessous.

Le point souvent négligé est le signalement en cours d'année. Ajouter une mission (par exemple étendre son périmètre de l'OPC à la conception complète) ou intervenir sur des techniques non courantes modifie le risque : l'article L113-2 du Code des assurances vous oblige à le déclarer, sous peine de voir l'activité non couverte.

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La régularisation annuelle

La prime versée en début d'exercice n'est qu'une provision, calculée sur un CA prévisionnel. En fin d'année, vous communiquez à l'assureur votre chiffre d'affaires réellement réalisé, et le contrat s'ajuste :

  • CA réel supérieur au prévisionnel → un complément de prime est appelé, au prorata du dépassement.
  • CA réel inférieur → un avoir ou un report peut être accordé, mais une prime minimale reste généralement due, quel que soit le CA.

C'est un mécanisme normal et prévu aux conditions générales : mieux vaut donc déclarer un prévisionnel réaliste dès le départ pour éviter les mauvaises surprises de trésorerie à la clôture. Anticiper la régularisation fait partie d'une bonne gestion de son contrat, au même titre que la lecture des garanties incluses.

Les risques de la sous-déclaration

Minorer son CA ou omettre une activité pour alléger la prime est la fausse économie par excellence, car elle se retourne au pire moment — celui du sinistre :

  • Règle proportionnelle de prime (art. L113-9) — en cas de déclaration inexacte non intentionnelle, l'indemnité est réduite dans la proportion entre la prime payée et celle qui aurait dû l'être. Un sinistre à 200 000 € peut n'être indemnisé qu'à moitié.
  • Nullité du contrat (art. L113-8) — en cas de fausse déclaration intentionnelle, le contrat est anéanti rétroactivement : plus aucune garantie, primes conservées par l'assureur.

Au regard des montants d'un sinistre décennal, l'économie de quelques centaines d'euros de prime ne pèse rien. La déclaration exacte est aussi ce qui protège votre attestation d'assurance et sa validité vis-à-vis de vos clients. Sur la couverture obligatoire et ses enjeux, voir notre guide sur la décennale obligatoire du MOE.

Questions fréquentes

Pourquoi l'assureur décennal demande-t-il mon chiffre d'affaires ?
Parce que la prime d'une décennale de maître d'œuvre est, dans la plupart des contrats, calculée comme un pourcentage du chiffre d'affaires HT ventilé par activité. Le CA est l'indicateur du volume de risque que vous représentez : plus vous réalisez d'affaires, plus l'exposition potentielle à un sinistre décennal est grande. C'est aussi ce qui explique pourquoi le niveau d'honoraires et de volume d'affaires pèse directement sur le tarif.
Que se passe-t-il si je déclare un CA prévisionnel trop bas ?
Deux effets. D'abord une régularisation en fin d'exercice : si le CA réel dépasse le prévisionnel, l'assureur appelle un complément de prime. Ensuite, un risque bien plus grave en cas de sinistre : une déclaration inexacte du risque peut entraîner l'application de la règle proportionnelle de prime (art. L113-9 du Code des assurances), qui réduit l'indemnité dans la proportion entre la prime payée et celle due. La sous-déclaration n'est donc jamais une économie.
La régularisation de prime, comment ça marche ?
En fin d'exercice, vous transmettez à l'assureur votre chiffre d'affaires réellement réalisé. Il le compare au prévisionnel qui avait servi de base à la prime : en cas de dépassement, un complément est facturé ; en cas de CA inférieur, un avoir ou un report est possible selon le contrat (une prime minimale reste souvent due). C'est un mécanisme normal, prévu aux conditions générales.
Dois-je déclarer une nouvelle activité en cours d'année ?
Oui. L'ajout d'une activité (par exemple passer de l'OPC à la conception complète) ou la réalisation de techniques non courantes constitue une aggravation ou modification du risque que vous devez signaler à l'assureur (art. L113-2 du Code des assurances). À défaut, la nouvelle activité pourrait ne pas être couverte. Vérifiez toujours que vos missions déclarées correspondent à ce que vous exercez réellement.
Quelle sanction en cas de fausse déclaration intentionnelle ?
La plus lourde du Code des assurances : la nullité du contrat (art. L113-8). Si l'assureur prouve que vous avez volontairement minoré votre CA ou dissimulé une activité pour payer moins, le contrat est réputé n'avoir jamais existé — vous perdez toute garantie, y compris sur les chantiers en cours, et les primes versées peuvent rester acquises à l'assureur. À comparer aux sanctions du défaut d'assurance décennale : dans les deux cas, l'exposition est financièrement dévastatrice.
Que déclarer : CA HT ou TTC ?
Sauf mention contraire du contrat, c'est le chiffre d'affaires hors taxes lié à vos activités assurées qui sert de base. Vérifiez la définition retenue dans vos conditions particulières et isolez bien le CA correspondant aux missions couvertes par la décennale, distinct d'éventuelles activités non assurées. En cas de doute, faites préciser le périmètre par écrit avant la régularisation.

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